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PRESENTATION OF THE BOOK : QU'EST-CE QUE L'INFORMATIQUE ? [WHAT IS COMPUTER SCIENCE ?]
by Franck Varenne, Paris, Vrin, 2009 (128 pages, 11 × 18 cm. ISBN : 978-2-7116-2178-1, 7,50 euro)


ABSTRACT: Computers are everywhere in our everyday and technical life. Why? Based on recent works in the philosophy of computer science (Chazal, Floridi, Copeland, Colburn, Smith…), this book proposes to see computer science as a technology of symbolization based on controlled and machine-delegated intertwinings of routes of reference.

Available at:
http://www.amazon.co.uk/Quest-ce-que-linformatique-Franck-Varenne/dp/2711621782

Présentation (in french):

Résumé : Que peut bien être l’informatique pour nous envahir à ce point ? Se fondant sur des travaux récents de philosophie de l’informatique, ce livre revient sur la notion de Machine de Turing et sur la Thèse de Church : l’ordinateur peut-il tout simuler ? (le vivant, l’esprit). Eclairant les notions de computation et d’abstraction à la lumière de celles de simulation et d’ontologie, il montre en quoi l’informatique n’est ni simplement une branche des mathématiques, ni une simple technologie de l’information, mais une technologie des croisements des voies de la référence.

Présentation de la quatrième de couverture:

I- Questions clés :

– L’informatique n’est-elle qu’une technique, une technologie ?
– Quel est le rapport entre information et informatique ?
– L’informatique est-elle une branche des mathématiques ?
– L’ordinateur peut-il tout simuler ?
– Simuler le vivant et l’esprit, est-ce les réduire à des machines ?

II- Textes et commentaires :

“Qu’est-ce qui rend la simulation sur ordinateur supérieure aux modèles analogiques ?”
Texte de John von Neumann : Le rôle de la procédure digitale dans la réduction du niveau de bruit (1951)

“La thèse de Church-Turing signifie-t-elle que l’ordinateur peut tout simuler ?”
Texte de B. Jack Copeland : L’intelligence artificielle et le sophisme de l’équivalence (2004)

Interview avec l’éditeur (propos recueillis par Elodie Pinel):

1. Dans "Qu'est-ce que l'informatique ?", vous soulignez que l'informatique intéresse la philosophie à bien des égards. En quoi l'informatique est-elle une technologie à dimension philosophique ?

L’informatique est en effet à la croisée de nombreuses questions contemporaines. L’ordinateur, à côté de sa présence croissante et envahissante comme objet technique, se révèle un modèle séduisant et quasi-universel pour penser la raison, l’esprit, le vivant, le social ou même encore l’univers tout entier (on lit parfois que « l’univers est un ordinateur »). Il remplace, semble-t-il avantageusement, les horloges ou autres automates que la philosophie avait un temps prisés. D’où l’informatique tire-t-elle ce pouvoir considérable d’évocation et d’explicitation ? Elle la tire essentiellement du fait qu’elle est une technologie mettant simultanément en œuvre deux types de processus longtemps reconnus comme incompatibles : d’une part, un processus matériel physiquement réalisé de transformation d’un état de la matière, et, d’autre part, un processus de traitement automatique de systèmes de symboles. En ce sens, l’ordinateur est une machine particulière, une machine qu’on peut dire mi-matérielle, mi-formelle, ou encore mi-concrète, mi-abstraite. L’informatique passe ainsi pour une technologie de conciliation extraordinaire.
Le processus de traitement automatique de systèmes de symboles a, pour sa part, longtemps été identifié à un processus de traitement de l’information. La notion d’information a fait l’objet de nombreux travaux récents en philosophie (chez Dretske ou Floridi par exemple) : la question du rapport entre sens et information rejoint des problématiques essentielles de philosophie du langage et de l’esprit. Je donnerai ici juste un exemple évoqué plus au long dans le livre : les partisans de la thèse selon laquelle l’esprit serait un programme d’ordinateur - comme leurs adversaires - sont d’accord pour mettre la réflexion sur ce que fait réellement un ordinateur au centre de leurs débats au sujet de ce qu’est l’intentionnalité ou encore la compréhension ou la signification pour un esprit humain (Fodor, Searle, Putnam). Mais ce sont aussi la philosophie du vivant et l’épistémologie de la biologie ou des sciences sociales qui sont mises à l’épreuve face à l’essor considérable des modèles à support informatique : le débat très vif autour de la portée exacte de la thèse de Church-Turing en est une illustration éclatante. Ce débat est rapporté à sa source ici grâce au texte de Copeland.

2. Pouvez-vous nous rappeler l'étymologie du terme « informatique » ?

Il semble avoir été forgé en 1957 en Allemagne par l’ingénieur Karl Steinbuch (Informatik). Il a été repris en 1962 par Philippe Dreyfus (informatique), en France, et par Walter F. Bauer, aux États-Unis (informatics). Dans l’esprit de ses créateurs, le terme associe la notion d’information à celle d’automatique. Comme en écho à la construction de ce terme également récent d’automatique (terme désignant la science appliquée des automates matériels et/ou formels), il reprend le suffixe d’origine grec « -tique » servant traditionnellement à créer des noms d’arts, de techniques ou de sciences. Mais les anglophones utiliseront longtemps computer science : le terme « informatics » a été réservé par Bauer pour le nom de sa société. Alors que, pendant 35 ans, le terme français ne pourra désigner autre chose que ce que désigne computer science, quand le terme informatics finit par se développer aux États-Unis (du fait de sa retombée dans le domaine public), c’est davantage pour désigner la conjonction entre la computer science et les technologies du traitement massif de l’information à l’heure d’internet, du calcul en grille (grid computing), mais aussi à l’heure où plusieurs disciplines scientifiques et techniques voient arriver des quantités considérables de données pour lesquelles aucun dispositif traditionnel de traitement systématique ne paraît approprié (génomique, protéomique). D’où les déclinaisons de formations et de cursus que proposent à partir des années 2000 les universités anglo-saxonnes : bioinformatics, health informatics, chemical informatics…
Dans cet ouvrage, je me suis concentré délibérément sur ce qui fait le cœur de l’informatique entendue au sens classique de computer science, à savoir le computer, ou ce que les français ont appelé « ordinateur » (entendant par là une machine qui met de l’ordre dans de l’information). Il n’y est donc peu ou pas question des technologies de l’information et de l’internet en général. Ces dernières justifieraient un autre ouvrage dès lors qu’elles posent des problèmes philosophiques spécifiques. Rétrospectivement, le choix originel des anglo-saxons n’est pas si mauvais : comme j’essaie de le montrer, réduire le traitement automatique de systèmes de symboles à un traitement d’information conduit à sous-évaluer la complexité des modes de dénotation des symboles et de leurs structures dans les computers et les programmes. Elle peut conduire notamment à réduire l’informatique à un sous-domaine des mathématiques.

3. Vous définissez l'informatique comme une technologie de la simulation plutôt que de l'information : quels enjeux couvre cette distinction ?

En effet. Dans cet ouvrage, je précise et mets en œuvre la définition large que j’avais proposée pour le concept de « simulation » dans Du modèle à la simulation informatique (Vrin, 2007). Je montre que si par simulation on entend un processus de symbolisation à deux étapes (la première, de computation ou traitement pas à pas de symboles, la seconde, d’observation des résultats et, pour cela, de changement de niveau des symboles), la simulation numérique de modèle (ou calcul pas à pas et approché d’un modèle non analytiquement traitable) comme la simulation dite informatique de système cible sont justiciables du même concept : elles sont toutes deux des stratégies de changement réglé et d’entrecroisement des voies de la référence. Dans la littérature, elles sont souvent distinguées et l’on dit tantôt qu’on simule un système cible (externe au modèle), tantôt qu’on simule (ou calcule en ce sens) un modèle.
C’est en revenant une fois de plus à la notion de Machine de Turing, telle qu’élucidée notamment par Copeland (2004), qu’on peut dépasser cette opposition et rappeler opportunément que l’ordinateur classique (une machine de Turing universelle physiquement réalisée) est avant tout une machine qui simule un acte qu’un homme réaliserait s’il devait se comporter comme une machine dans une situation de computation, à savoir de manipulation de symboles, symboles eux-mêmes non nécessairement iconiques. Cette notion large de simulation, parce qu’elle n’implique ni une simple imitation approchée d’un système externe, ni non plus une structuration forcée des systèmes de symboles en un seul niveau de langage formel (comme souvent, en revanche, les conceptions « informatistes » ou « mathématistes » de l’informatique le supposent), est celle qui nous permet de comprendre en retour les délicates architectures, hiérarchies et complications des actuels modes de programmation et de modélisation sur ordinateur : à savoir le développement des programmations orientées objets, des modèles à bases d’agents informatiques, des ontologies informatiques, toutes techniques de formalisation qui tendent à supplanter les classiques modèles mathématiques qu’il suffisait sinon de faire traiter (numériquement) par l’ordinateur. Elle permet finalement de comprendre aussi en quoi l’informatique interroge aujourd’hui plus largement encore l’esthétique elle-même (voir les travaux récents sur « l’art numérique »), comme les théories générales de la symbolisation ou de la connaissance.

Available at:
http://www.amazon.fr/Quest-ce-que-linformatique-Franck-Varenne/dp/2711621782/ref=sr_1_4?ie=UTF8&s=books&qid=1240049767&sr=1-4

franck.varenne.eng
17/04/07